Zoom sur…

L’Organisation du traité atlantique nord (Otan)

Lors du dernier sommet de l’Otan à Bucarest, le 3 avril, Nicolas Sarkozy a confirmé sa volonté de ramener la France dans le commandement intégré. Peut-on parler de revirement majeur dans la politique extérieure française ? Quelles en seront les conséquences pour la France et l’Union européenne ? Analyse.

Qu’est-ce que l’Otan ?

Cette organisation politico-militaire est née de la signature d’un accord, le 4 avril 1949, à Washington. En pleine Guerre Froide, ce texte visait à concurrencer le Pacte de Varsovie et ainsi préserver l’Europe de l’Union soviétique. Les pays fondateurs sont la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada, auxquels s’ajoutent, à titre de participation, l’Italie, la Norvège, le Portugal, l’Islande et le Danemark.

L’Otan forme un bloc de l’Ouest, dans lequel chaque pays s’engage à venir au soutien d’un autre membre en cas de déclaration de guerre. L’organisation est donc avant tout un accord de coopération militaire. Toutefois, elle se présente également comme une militante de la paix. L’Otan encourage la coopération de ses membres dans tous les domaines : économique, social et culturel. On retrouve notamment dans le préambule de la charte de l’organisation atlantique des idées de liberté, de démocratie et de bien-être.

Alors que le monde a tourné la page de la Guerre Froide, l’Otan subsiste et s’est élargie à 26 membres. Ses missions consistent aujourd’hui, au même titre que les Casques bleus de l’Onu, au maintien de la paix dans des territoires instables, comme l’Afghanistan, les Balkans, l’Irak ou encore le Darfour.

L’Otan demeure néanmoins, pour les peuples russophones, une organisation hostile. A ce titre, les candidatures de la Géorgie et de l’Ukraine pour intégrer l’Alliance ont été rejetées lors du dernier sommet à Belgrade. L’Allemagne et la France ont ainsi opposé leur veto, de peur que cette intégration ne soit perçue par la Russie comme une menace.

La France dans l’Otan

Les relations de la France avec l’Alliance atlantique nord sont complexes. Membre fondateur, l’Hexagone s’est retiré de la structure militaire intégrée et de la direction de l’organisation en 1966. A l’époque, le Général Charles de Gaulle avait claqué la porte, insufflant ainsi une nouvelle donne historique dans la gestion de la politique extérieure française. Par ce geste, le Général voulait marquer l’indépendance de la France sur le plan militaire vis-à-vis des Etats-Unis. Il affiche ainsi une hostilité ouverte à l’hégémonie américaine et marque le début de la tradition anti-américaniste française.

Peut-on pour autant affirmer que la France s’est définitivement et durablement retirée de l’Alliance atlantique ? La réponse est bien évidemment négative. Elle est restée une alliée fidèle de l’Otan et a participé à ce titre à de nombreuses actions coordonnées. Par ailleurs, son avis est toujours pris en compte dans le cadre des décisions communes.

Le véritable réchauffement des relations transatlantiques intervient en 1996. Malgré son « Non » à la guerre en Irak, Jacques Chirac est le premier à avoir renoué avec l’Otan en autorisant un représentant français au comité militaire. En outre, la France était en 2004 l’un des principaux contributeurs au budget de l’Alliance, à hauteur de 110 millions d’euros. Nicolas Sarkozy ne réalise donc pas un virage à 180 ° lorsqu’il annonce un probable retour français au sein du commandement intégré de l’organisation.

Impact d’un retour annoncé

Le 60e sommet de l’Otan sera organisé, pour la première fois de l’histoire, par la France et l’Allemagne. Un signe fort de l’amitié franco-allemande et de l’importance de l’Alliance atlantique pour la paix en Europe. Ce rendez-vous, conjointement préparé, devrait probablement coïncider avec l’annonce du retour de la France au sein du commandement intégré. Il marque alors le consentement allemand au revirement de la politique française. C’est un geste lourd de sens pour la République fédérale d’Allemagne, qui avait jusqu’alors observé d’un mauvais oeil le rapprochement de Nicolas Sarkozy avec George W. Bush.

La France conditionne toutefois son retour au renforcement de la défense européenne appuyé par les Etats-Unis. La déclaration fait coup double. Tout d’abord, Nicolas Sarkozy sait ici rassurer l’Allemagne. Son retour dans l’Otan ne se fait pas au détriment de l’Europe. Le président français maintient une forme d’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Il n’est pas ici question d’alignement atlantique. Enfin, il obtiendrait une avancée considérable sur le dossier de la sécurité européenne. Dossier que ne cesse de freiner l’administration américaine, qui y voit un concurrent direct de l’Alliance atlantique Nord. Belle manoeuvre.

One Response to “Zoom sur…”

  1. Pour une fois, Sarkozy fait quelque chose d’intelligent (enfin, en apparence tout au moins). Je sais apprécier aussi quand le gens que je n’aime pas font quelque chose de positif

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