Les relations transatlantiques prennent de l’air

Simple hasard de calendrier ou volonté marquée de resserrer les liens européens ? Dimanche, des frontières aériennes sont tombées en Europe, élargissant ainsi l’espace Schengen à 24 Etats, soit 400 millions de personnes. Ce même jour, l’Europe et les Etats-Unis célébraient l’application de l’accord « ciel ouvert » : objet de désunion au sein de l’UE. Explications.

L’ouverture de l’espace de libre circulation, espace Schengen, a débuté le 21 décembre dernier, par l’abolition des contrôles aux frontières terrestres et maritimes dans huit pays d’Europe centrale et à Maltes. Ce week-end s’est donc accompli la dernière étape de ce processus, avec la levée des frontières intérieures dans les aéroports en Estonie, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovénie, Slovaquie et Maltes.

Cette adhésion marque un nouveau pas dans le processus européen, puisque l’espace compte dorénavant 22 des 27 Etats membres de l’Union, auxquels s’ajoutent l’Islande et la Norvège. Par ailleurs, la Suisse et le Liechtenstein ainsi que Chypre, feront leur entrée à la fin de l’année. Quant à la Roumanie et la Bulgarie, elles préparent leur adhésion pour 2011.

Cet élargissement est particulièrement apprécié en Europe de l’Est, qui l’interprète comme un démantèlement définitif du Rideau de Fer. Le premier ministre tchèque salue ainsi « le retour définitif en Europe » de son pays. Pourtant, le diplomate poursuit en déclarant vouloir « oeuvrer pour l’élimination de toutes les discriminations restantes en matière de libre mouvement de la main d’oeuvre et des services ». La République tchèque souligne les nombreuses inégalités qui persistent en Europe en matière de transport et qui encouragent les divisions au sein de l’Union. Une brèche largement exploitée jusqu’ici par les Etats-Uni.

Un « ciel ouvert » à l’orage

Dimanche signifiait aussi l’application d’un accord historique entre l’Union Européenne et les Etats-Unis. « Ciel ouvert » autorise pour la première fois à relier l’ensemble des villes européennes aux Etats-Unis par des vols directs. Cet accord historique met fin à de nombreux particularismes, à savoir entre autres 21 accords parfois très restrictifs, qui régissent ces liaisons sans escales et l’interdiction pour six pays d’offrir des vols transatlantiques directs depuis leur sol. Mais si le commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot, se félicite d’une « révolution dans le ciel transatlantique », il n’en demeure pas moins que le ciel américano-européen est à l’orage. Au coeur de la tempête : la question des visas pour voyager aux Etats-Unis.

Actuellement, les ressortissants de 14 pays membres de l’Union européenne et de la Slovénie sont dispensés de visas. Un cercle fermé auquel les nouveaux membres de l’Union aimeraient être associés. Seulement les Etats-Unis refusent d’élargir le club, officiellement par peur de l’immigration illégale. Après avoir poliment refusé la demande de la Commission européenne pour ouvrir des négociations, l’administration Bush a donc entrepris d’établir des accords bilatéraux. Premiers pays à avoir signé : la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie et la Hongrie. Des accords qui ont un amer goût de défaite pour l’Union européenne. En préférant des accords indépendants à une négociation globale, les Etats-Unis désavouent officiellement l’Union et sa capacité à s’affirmer comme force mondiale. Par ailleurs, ils obtiennent ainsi des mesures de sécurité jusqu’ici refusées par l’Europe comme le transfert de données sur les passagers qui ne font que survoler le territoire sans s’y arrêter ou encore la présence de policiers à bord des vols américains. Enfin, ces accords mettent non seulement en l’air les négociations américano-européennes, mais ils créent un ciel de tensions en Europe. L’atmosphère est à la division.

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