Un salaire minimum valable pour toutes les branches ? En Allemagne, ça n’existe pas. Pour l’instant, car la question de son instauration est sur toutes les lèvres. Quant à la France, elle songe à réformer son mode de calcul.
Généralement, les syndicats et les patrons allemands s’arrangent entre eux pour réglementer les questions salariales. A chaque branche son mode de gestion ; le gouvernement fédéral est rarement obligé d’intervenir. Une exception à la règle : par le passé, Gerhard Schröder a dû imposer un salaire minimum dans le bâtiment et le nettoyage industriel à la demande du patronat, inquiet de la concurrence des pays de l’Est.
Angela Merkel vient de faire de même pour les postiers. A l’Est, ils toucheront 8 € de l’heure ; à l’Ouest ce sera 9,80 €. Les deux concurrents privés de la Deutsche Post ont déjà annoncés qu’ils préféraient aller devant les tribunaux plutôt que de se plier à cette loi.
Du côté des salariés, on applaudit des deux mains. A plus de 65%, les Allemands réclament ce fameux salaire minimum. Les fruits de la croissance économique du pays, au sommet en terme d’exportations, ils ont bien envie de les cueillir. Sans compter qu’aujourd’hui, 21 % des salariés allemands ne peuvent vivre de leur salaire, selon l’Institut de recherche sur le travail. C’est notamment vrai pour les coiffeuses est-allemandes (2,75 à 3,05 € de l’heure, soit 400 euros bruts par mois pour un temps plein), le personnel de sécurité, les bouchers charcutiers…
Des suppressions d’emplois ?
Des négociations se sont ouvertes entre le patronat et les syndicats ; elles dureront jusqu’en mars. Mais la question est épineuse. Politiquement parlant, tout d’abord. D’ici la fin janvier, des élections régionales importantes ont lieu dans les lands de Hesse et de Basse-Saxe. Les sociaux-démocrates du SPD, qui talonnent la CDU dans les sondages, ont bien senti l’air du temps. Ils ont fait du salaire horaire minimum leur cheval de bataille, exigeant 7,20 à 7,50 €. Cela peut prêter à sourire, quand on sait que le parti était contre il y a deux ans à peine…
Angela Merkel, elle, y est opposée. La chancelière craint de mettre à mal le redressement économique du pays (700 000 chômeurs en moins en 2007) avec une mesure coûtant entre 4 et 8 millions d’euros.
Résumons. Les dirigeants politiques au pouvoir craignent que la mesure joue contre l’emploi. Schématiquement, si une caissière coûte plus cher, pourquoi ne pas la remplacer par une machine ? Le ministre de l’Economie, Michel Glos, estime ainsi qu’un salaire minimum interprofessionnel conduirait à la suppression de 1,9 million d’emplois. Ses partisans, eux, espèrent protéger les entreprises du dumping social pratiqué par les concurrents : des salaires très bas pour casser les prix. Tout en provoquant la restructuration forcée de certains secteurs qui en ont besoin.
La France veut dépolitiser la hausse du Smic
Parallèlement, la France semble s’engager dans une fragilisation du Smic. Il augmente annuellement mais chichement, en grande partie indexé sur le coût de la vie. Or, l’inflation dépasse les 2,5 %, et ce n’est sans doute pas fini. Si elle se maintient à ce niveau, certains économistes estiment qu’elle pourrait porter le Smic à 1.500 euros en 2012. En somme, la promesse de campagne du PS, concrétisée sans réforme d’aucune sorte.
Mais… Mais Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il envisageait une réforme du mode de calcul du Smic. Au vu de ce que l’on sait, le projet vise à dépolitiser la question (plus de coup de pouce pré-élections ?) et devrait se transformer en loi après les élections municipales. Une commission indépendante émettra chaque année des recommandations sur l’évolution du salaire minimum, « adapté en fonction de la conjoncture économique ». Syndicats et patronats donneront leur avis, le gouvernement tranchera.
Rappelons qu’en France, selon le rapport Eurostat de 2007, 16,8 % des travailleurs (hors domaine agricole et intérim) perçoivent le salaire horaire minimum : 8,44 € brut.
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