Autonomie des universités, faut-il s’inquiéter ?

Le bras de fer se poursuit en France entre gouvernement et étudiants. Au coeur de l’affrontement : dame Autonomie. Tandis que les charmes de la demoiselle ont conquis les universités allemandes, ils provoquent un vif rejet côté français, avec plus d’une trentaine d’établissements bloqués ou fortement perturbés cette semaine.

Une réforme en question
univ_france1.jpgPour le coup, ce n’est pas passé loin. Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, pensait bien avoir réussi à faire passer en douceur sa loi sur l’autonomie des universités. Préalablement épurée, puis votée le 10 août.
Mais patatras, les étudiants se sont réveillés et le font désormais clairement savoir. Blocage des facultés, manifestations, assemblées générales en rafale… Avec les débordements qui vont avec. Sauf que les charges de CRSS, évidemment médiatiques, éclipsent le fond du problème : que recouvre exactement cette loi ?
Complexe, ce texte remodèle largement la gouvernance des établissements. D’ici cinq ans, les universités bénéficieront d’une autonomie budgétaire et pourront gérer leurs ressources humaines. Leurs présidents seront chargés de désigner 7 à 8 personnalités extérieures siégeant au conseil d’administration, qui devient l’organe décisionnel central de l’université. Surtout, la loi autorise le recours à des fonds privés (donations, legs ou mécénat). Ces deux dispositions cristallisent les inquiétudes des étudiants et des professeurs, qui craignent de voir les entreprises s’ingérer ainsi dans les affaires des facultés. Avec le risque de voir certaines filières plus
« bankables »
privilégiées. On en vient donc à la « privatisation » des universités, selon le mot des manifestants, supposée renforcer les inégalités entre les facultés et valoriser la professionnalisation au détriment de l’accès au savoir.
La crainte de l’orientation « active »
Un autre point fait débat, l’article 20 de la loi :
« tout candidat est libre de s’inscrire dans l’établissement de son choix, sous réserve d’avoir, au préalable, sollicité une pré-inscription lui permettant de bénéficier du dispositif d’information et d’orientation dudit établissement »
. On entre ici dans un système d’orientation dit « actif » : les lycéens doivent se renseigner puis choisissent leur filière, l’université les encourage ou les dissuade. Les deux principaux syndicats lycéens y voient une première étape avant l’instauration d’une sélection et déplorent que « la loi ne garantisse pas aux bacheliers d’accéder à l’université ».
Parmi les autres dispositions, on retrouve l’obligation pour les facultés de professionnaliser leurs enseignements, rendre publiques ses statistiques et mettre en place des bureaux d’aide à l’insertion professionnelle.
Pour Valérie Pécresse,
« la privatisation est une fausse peur. La part d’investissements privés restera marginale au regard d’un financement public revalorisé de cinq milliards d’euros en cinq ans »
. Elle a tenté de rassurer les étudiants, assurant que les frais d’inscription n’augmenteront pas. « La sélection à l’entrée des universités, c’est le baccalauréat, avance-t-elle encore. La loi d’autonomie exclut toute autre forme. » Il n’est « absolument pas question de supprimer les filières qui ne seraient pas rentables ». Quant à Nicolas Sarkozy, il n’y va pas par quatre chemins dans 20 Minutes : « Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études. » Pas vraiment de nature à rassurer les inquiets…

Quand l’autonomie mène à la pointe de la technologie
uni-all2.jpgOutre-Rhin, les universités ont emprunté le chemin de l’autonomie depuis presque 10 ans. En août 1998, le gouvernement fédéral a en effet renoncé à l’idée d’imposer un système d’organisation et de gestion uniforme pour s’en remettre aux Länder. Et il n’est pas question de faire demi-tour.
La recherche et la formation sont une priorité en Allemagne, que l’autonomie ne saurait modifier. Au contraire. Chaque année, un tiers des jeunes d’une classe d’âge entame des études dans l’un des 374 établissements supérieurs. Des chiffres en constante évolution, puisque le nombre d’étudiants a été multiplié par cinq au cours des 20 dernières années, pour atteindre deux millions aujourd’hui. Mais celui qui se dit
« pays des idées »
n’en reste pas là. Depuis les années 1960/1970, la République fédérale allemande s’emploie à développer des campus à la pointe de la technologie. Bien que l’autonomie ait amené des disparités entre les universités, la plupart sont équipées des dernières technologies. Et paradoxalement, les meilleurs centres de formation se trouvent souvent dans des villes de moindre importance.
Le bien-être de l’étudiant est par ailleurs placé au coeur du dispositif. Peu d’entre eux travaillent donc pour financer leur formation. Et pour cause. L’offre de logements étudiants est bien supérieure à ce que nous connaissons en France avec, par exemple, 2500 places proposées pour la seule université de Chemnitz (10 000 étudiants). Quant aux frais d’inscription, ils étaient jusqu’à présent inexistants. Depuis janvier 2005, une réforme autorise en effet les droits universitaires et pour cette rentrée 2007, cinq Länder ont donc demandé jusqu’à 500 euros par semestre. Pour les autres, le financement est essentiellement assuré par les Länder, mais les entreprises ne sont jamais loin. Et si cette dérive inquiète en France, elle semble au contraire séduire en Allemagne, dont les campus sont de véritables centres de recherche. Entreprises et universitaires s’associent donc dans un objectif commun : devenir les meilleurs mondiaux dans un domaine spécifique. Et ça marche.

Approfondir sur le Net :

- L’observatoire de Boivigny, société indépendante d’édition et de presse électronique entièrement consacrée à l’enseignement supérieur.

- Nouvelle Université, site du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche entièrement consacré à la réforme.

2 réponses

  1. mimi a dit…
    la notre n’est pas bloquée, mais c’est tout comme : avec la greve sncf et ratp, on ne peut s’y rendre, un comble lol
    bisous à toi et continue, ce blog est génial!!

  2. @tom a dit…
    Le système se rapproche du système nord-américain, ce n’est pas pour rien qu’il est performant. Je ne pense pas que la loi telle qu’elle est actuellement soit dangereuse. En revanche, le mot de Sarko sur la littérature ancienne m’inquiète…

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