A l’occasion de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin, vendredi 9 novembre, nous vous proposons cette semaine un dossier spécial sur l’événement. En 2007, peut-on dire que l’Allemagne de l’Est a complètement disparu? Quelle implication a eu ce tournant historique sur les relations franco-allemandes? Analyses.
Allemagne : et si le mur était encore là…
«Warum bist du nach Chemnitz gegangen ?»1 Tudor me regarde incrédule. Cet étudiant roumain s’est installé à Chemnitz début septembre, dans l’objectif de passer une licence d’économie. Après voir obtenu son baccalauréat dans une école internationale, il a logiquement tout quitté pour gagner l’Allemagne, «parce qu’ici le niveau d’étude est bien meilleur». Il s’apprête donc à passer dans cette ville de Saxe trois ans de sa vie… non sans regrets. «Je suis venu ici parce que je connaissais certains professeurs et que c’était donc plus simple pour moi. Mais ici, c’est encore l’Est.»
Voilà. Le rideau de fer est tombé depuis 18 ans et pourtant le mur est toujours présent. Pas physiquement bien sûr. Il y a bien longtemps que la nature a repris ses droits, faisant disparaître barrières de barbelés et postes de frontières. Mais dans les esprits, la République démocratique d’Allemagne subsiste ; en dépit de la Réunification ; en dépit du rattrapage économique.
Un tournant historique
Le mur s’est effondré un 9 novembre 1989… Par hasard. Ce soir-là, Günter Schabowski, chef de presse du comité central du parti donne une conférence de presse dans laquelle il annonce que « les voyages privés à destination de l’étranger peuvent désormais être demandés sans aucune condition particulière ». La mesure prise par le gouvernement de RDA s’adressait à l’origine aux Allemands de l’Est, qui désiraient s’expatrier de façon définitive en RFA. Les dirigeants espéraient ainsi enrayer le mouvement d’exode des ressortissants de RDA qui transitaient en masse par la République Tchèque pour gagner l’Ouest. Face à la pression populaire, cette dernière avait en effet fini par ouvrir sa frontière avec l’Autriche.
Günter Schabowski fait une seule erreur ce soir-là. Elle a changé le cours de l’Histoire. Suite à un problème de communication, et aux pressions des manifestations de Leipzig et Berlin, il présente cette nouvelle directive comme étant la réglementation des entrées et sorties du territoire avec droit de retour. Il annonce également que ces nouvelles dispositions prennent effet immédiatement. L’effet est instantanné.
Dès la diffusion de l’information dans le journal de 20 heures, les Allemands de Berlin Est affluent en masse aux postes de frontière. Dans un premier temps, les gardes invalident alors les passeports de ceux qui passent à l’Ouest. Mais rapidement, face à la pression montante de la foule, ils décident d’ouvrir tout simplement les barrières. Le Mur est tombé.
Et maintenant ?
La réunification a commencé onze mois après la chute du Mur mais elle n’est toujours pas achevée. L’Ouest a payé très cher l’unité allemande et les investissements sont aujourd’hui visibles. De nombreuses villes de l’Est possèdent ainsi des centre-urbains et des infrastructures parmi les plus modernes du monde. Pour prendre le simple exemple de la Saxe, ce Land possède aujourd’hui deux aéroports internationaux et son réseau routier, construit à partir de 1991, est le plus dense du pays. L’écart entre Est et Ouest tend donc peu à peu à se résorber et les niveaux de vie à s’harmoniser. Toutefois, des différences persistent. D’un point de vue économique tout d’abord : le taux de chômage à l’Est demeure en moyenne de 7 points supérieur à celui de l’Ouest. Le mouvement migratoire de l’ex-RDA vers l’ex-RFA se poursuit donc et concerne plus particulièrement les jeunes femmes2. D’un point de vue social ensuite : le communisme demeure incontestablement présent dans les esprits, en veut pour preuve le mouvement d’Ostalgie amorcé depuis quelques années et qui, difficultés économiques aidant, incite de nombreux Allemands de l’Est à regretter la RDA.
Le mur persiste donc dans les esprits, dans l’architecture, dans la vie quotidienne, et à travers lui c’est le communisme qui survit. Janine, étudiante à Chemnitz, confie ainsi volontiers qu’au sein de la nouvelle génération, ils font encore la distinction entre les natifs de l’Est et les autres. Il faudra donc sans doute encore une génération pour les réunir.
1 «Pourquoi es-tu venue à Chemnitz ?»
2 Retrouver notre article sur l’exode des femmes d’ex-RDA ici.
Relations franco-allemandes : partir sur de nouvelles bases
La chute du Mur a, aussi, contribué à changer les relations franco-allemandes. Ces dernières étaient basées sur ce qu’on appelle communément un « équilibre des déséquilibres » : l’Allemagne apportait sa puissance financière, la France son poids politico-militaire. Mais les bouleversements de 1989 ont considérablement changé la donne.Les premiers temps, quelques bévues et incompréhensions ont assombri l’horizon. Comme la visite de François Mitterrand en RDA en décembre 1989, considérée par Bonn comme un refus de l’unification. Ce qui n’était pas totalement faux. A vrai dire, les autorités françaises se sont montrées prudentes et dubitatives, voire suspicieuses, lors de la chute du Mur. Certaines que l’URSS n’autoriserait pas aussi vite une union des deux parties. Craignant aussi qu’une Allemagne forte et unie ne marginalise la France. Sur ce point, elles avaient parfaitement raison. Rapidement, l’Allemagne s’est émancipée, tandis que le poids politique de la France s’est amoindri.
Cette dernière n’a toutefois pas tout perdu dans cette histoire. Avec la chute du Mur s’ouvraient de nouveaux horizons économiques du côté des pays d’Europe centrale et orientale. De son côté, le président français trouvera avec Maastricht le moyen de négocier la fin du Deutschmark au profit de l’union monétaire européenne.
Des divergences moins marquées
L’entente entre les deux pays a néanmoins perduré, conduisant à la création de l’Union européenne. Ce qui n’a pas empêché des dissensions d’apparaître, notamment dans le domaine de la défense. Il convient de rajouter à ceci une méconnaissance conséquente du fonctionnement interne du voisin, et des différences fondamentales en terme de politique étrangère (la France très autonome et peu soucieuse des frictions engendrées, l’Allemagne totalement intégrée à l’Otan).
Dans ces conditions, il est parfois difficile d’impulser une direction claire pour le couple franco-allemand, et par-delà pour l’Europe. Bien que les divergences tendent à s’estomper avec le temps. Il faut toutefois souligner que les crises franches entre les deux partenaires sont rares. Chacun préfère retenir l’image de François Mitterrand et d’Helmut Kohl main dans la main, en novembre 1984 à Verdun.
Approfondir sur le Net :
- Ici, des journalistes français vous content leur chute du Mur à la télévision française.
- Ici, un dossier historique complet sur le mur de Berlin.
Retrouvez les images de la chute du Mur :
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