Planète rugby : la France et l’Allemagne ne sont pas du même monde

Il est une certitude : le rugby n’est pas un sport planétaire. Ou alors l´Allemagne et la France ne sont plus voisins sur la Terre. Au pays du football roi, il n’est pas de place pour un autre sport collectif, ce en dépit des efforts français pour percer Outre-Rhin. Même en période de Coupe du monde.

En France, un succès avant tout médiatique et économique.

rugby_nantes1.jpgLes premiers frémissements d’un engouement sont apparus fin août. Alors que l’équipe de France se préparait en stage dans les Pyrénées, plus de 2 000 personnes assistaient régulièrement aux entraînements. Depuis, on a beaucoup vu, beaucoup entendu sur la fameuse vague rugby. Les médias ont joué le jeu. Le démarrage de la compétition n’a pourtant pas été tonitruant : 5 000 personnes devant l´écran géant de Toulouse, pour suivre la douche écossaise face aux Argentins ; 4 000 sur le parvis de l’Hôtel de ville de Paris ; 1 500 à Nantes. Et puis… Et puis peu à peu les autres supporters, Irlandais et Australiens en tête, ont mis de l’ambiance. Les stades se sont remplis, la plupart ont affiché complet. Si engouement il y a, il est surtout chez les néophytes, les femmes en premier lieu, suivies des moins de 30 ans. La victoire des Bleus face aux All Blacks a changé la donne. 25 000 spectateurs en plein air à Paris, les Champs envahis… On se rapproche des liesses du football, ce mètre rugby_dieux1.jpgétalon. Avec un dénominateur commun, ce soupçon de chauvinisme qui enthousiasme les foules. Lorsque 2 000 places supplémentaires ont été mises en vente pour les demi-finales, le site internet a enregistré plus de trois millions de requêtes. Mais avec la défaite en demi-finale, l’engouement semble être tombé aussi vite qu’il était monté. Cependant, l’augmentation du nombre de licenciés dans les clubs de rugby est estimée à 20%. La mayonnaise a pris partout, sauf en banlieue. Question d’infrastructures, tout d’abord. Sans terrain, point de salut. Question de culture. Question d’identification, aussi. Chabal n’est pas le symbole qu’était Zidane. Mais c´est surtout l´économie qui emporte la finale dans ce mondial. Un exemple ? Plus de 500 000 maillots de l’équipe de France ont déjà été vendus. L’impact général de la compétition est ici estimée à 8 milliards d’euros sur quatre ans. A ce jeu, c’est TF1 qui marque le plus de point, avec 18,3 millions de téléspectateurs pour France / Angleterre. rugby_chabal1.jpgLe diffuseur a doublé ces tarifs publicitaires ; essai transformé.

Côté allemand, le ballon ovale n’a pas lieu d´être…

Le monde du rugby a oublié l´Allemagne. Avec 98 associations, réparties dans 12 des 16 länders de la République Fédérale, il serait faux de croire que seul le ballon rond a droit de cité Outre-Rhin. Pourtant, la vérité n’est pas loin. Si les supporters du jeu à XV existent, ils sont rares et se sont fait plus que discrets durant cette coupe du monde. Le « bonjour » du speakeur de TV5 aux téléspectateurs allemands durant le match France / Nouvelle-Zélande n’y change rien. L’événement n´a pas su percer la frontière du Rhin, où ce sport a pourtant plus de 100 ans. Peu d’amateurs, donc pas de médiatisation : les articles publiés sur la coupe se comptent sur les doigts d´une seule main. Quant aux retransmissions télévisuelles, inutile d‘opter pour un pub ; la Bundesliga, le rugby_allemagne-21.jpgchampionnat de foot, aura trop souvent l’avantage. Un samedi soir ordinaire… 21 heures ; dans quelques très rares foyers allemands, les ordinateurs et télévisions s’allument pour suivre la retransmission des quarts puis des demi-finales sur TV5, Arte ou la DSF. Rapidement, la communauté francophone organise la résistance. Bière, chips et cris… Ces réunions clandestines ont tout d’une soirée foot, au ballon près. Les Gaulois ont opté pour l’ovalie et continuent de susciter l´incompréhension. A croire qu´ils sont vraiment fous, ces Français.

Sur le net :
Site officiel de la Coupe du Monde par ici.
Site officiel de la Fédération allemande de rugby par .

Site officiel de la Fédération française de rugby par ici.

4 réponses

  1. Vincent a dit…
    L’engouement des foules pour le rugby est présent jusque dans les cours de nos collèges.
    J’ai observé, à ma grande surprise, que les collégiens de mon établissement jouaient avec un ballon ovale pendant les récréations. Les élèves sont évidemment très réceptifs aux médias, mais tout de même, de là à pousser ces footballeurs de plusieurs années à jouer à la main!
    On entend de plus des références au rugby dans les rangs, ou encore entre enseignants à la cantine. Cette coupe du monde est clairement une réussite, sur bien des plans, entre particulier médiatique.
    Avant d’acheter des ballons par centaines et de tracer des lignes aux vingt deux mètres sur nos terrains communaux, il convient de noter que comme lors les mondiaux d’athlétisme en France, on ne peut prévoir à cet engouement national qu’une vie bien courte.
    Demain, les clubs pourront compter quelques licences de plus et le quidam moyen n’aura toujours pas compris les règles de ce sport si particulier.
    On assiste en France à la grande fête du rugby, et comme toute fête, elle est intrinsèquement éphémère.

  2. @tom a dit…
    Ca me surprend pas. J’ai même l’impression que les Chiliens s’intéressent plus au rugby que les Allemands! Sans doute parce qu’il y a eu des immigrants anglais et français ici?

    Sinon, je pense quand même que le hand et le basket sont populaires outre-Rhin, non?

  3. Thomas Laval a dit…
    Le rugby – dérivé du football à qui il doit tout, NDLR – n’a jamais percé en Allemagne car il a été créé en Angleterre puis ” importé ” par ceux qui ont traversé la Manche (c’est pourquoi le premier club crée fut celui du Havre).
    C’était à une époque où les relations, et donc les échanges, entre nations n’étaient pas les mêmes qu’actuellement. Angleterre et France alliés, le rugby n’a jamais traversé le Rhin et y a toujours fait peine à voir, comme dans les anciennes régions allemandes de l’Est de la France d’ailleurs. L’Alsace n’a jamais accédé aux désirs d’organisation de matches à Strasbourg de la Fédération française de rugby.
    Aujourd’hui, il ne s’exporte toujours pas en Allemagne pour une raison bien simple : L’extrême complèxité des règles est un facteur d’exclusion quand on n’a pas de ” culture ” rugby et qu’on y connaît rien. En France, quand on est ignorant, il est plus simple de s’intéresser au rugby : on a une équipe qui gagne et des joueurs bankables ! D’ailleurs les nouveaux amateurs de ce sport sont les mêmes qui fêtaient Zidane en 1998 : ils n’aiment pas le rugby mais la victoire. Ils vont inscrire leurs enfants à l’école de rugby mais à cet âge-là, on peut se lasser et arrêter très vite. Les affluences dans les stades de Top 14 ou de Pro D2 vont certainement augmenter, mais celles des clubs amateurs vont stagner.
    Pour en revenir à l’Allemagne, cette coupe du Monde marque tout de même une petite avancée car DSF diffuse les matches phares en direct avec commentateur et consultant dans le rôle du pédagogue. Mais il faut la nuancer car cette chaine et son taux d’audience ne sont plus les mêmes qu’il y a dix ans. A cause de l’explosion des droits sportifs, elle se ruine pour conserver la D1 et la D2 de foot qui la ferront survivre. DSF se jette donc sur tout programme un peu neuf et surtout pas cher comme la call-tv, les talk-show sportifs, le poker, les flechettes électroniques, le catch, le turf… et le rugby. Ce qui est, convenons-en, un programme de m*rd* pour une chaîne qui se veut sportive. Elle a donc en partie diffusé cette coupe du Monde faute de mieux.

  4. Pingouinette a dit…
    Très belle analyse Monsieur Laval ! Pour compléter, je dirai que si cette coupe du monde a si bien marché en France, c’est que les organisateurs ont su faire le lien avec le côté festif et convivial du Sud-Ouest : chants, bodega et tout le tralala. Sans oublier non plus l’engouement de nos amis anglais qui ont aussi créé l’événement et une vraie ferveur dans de petites communes qui, sans eux, n’auraient peut-être rien fait de spécial (je pense notament à Eymet et Abjat sur Bandiat en Périgord, deux villages avec une très grosse communauté anglaise).
    Après, comme le disais Thomas, pour ce qui est de l’engouement dans les clubs, c’est un éphémère effet de mode, comme l’effet Manaudou où tous les gamins se sont mis à la natation. Il ne faut pas oublier que le rugby compte quelques centaines de milliers de licenciés contre deux millions pour le foot en France. Même en Béarn, où c’est pourtant le sport roi, il y a bien plus de petits Zidane que de petits Chabal (ou Traille le nayais plutôt d’ailleurs).

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